L’incapacité à vivre le changement

Lorsque la frustration vous possède, elle délivre tout son poison de colère, de haine et d’injustice face à ce qui se passe. La frustration c’est ce désir incessant de toujours vouloir désirer ce qui nous manque et qui n’arrive pas, rejetant tout ce qui se manifeste ne faisant pas partie des ambitions projetées et rêvées. Des désirs qui provoquent une insatisfaction et une recherche persistantes dans l’unique but d’accéder à des états d’être et à des richesses matérielles juste dans la croyance que cela viendra assouvir une soif perpétuelle d’amour qui ne semble exister que dans l’éphémère. 

Pourtant nous avons tout en nous pour vivre ces rêves et bien plus. Pourquoi alors nous nous obstinons à une quête permanente quand tout est déjà présent en Soi? 

La frustration est un état émotionnel qui répond à une opposition qui vient de l’incapacité à accepter ce qui arrive et les limites de l’expérience. L’inaptitude à changer la situation dans laquelle nous nous trouvons, face à la volonté de faire bouger celle-ci par besoin de contrôler. Le contrôle est rassurant, c’est la face cachée du lâcher-prise et de l’abandon à Soi. 

Mais d’où vient la frustration, l’insatisfaction et le désir permanents d’une autre vie? 
Pourquoi vouloir changer à tout prix le monde?  

Cela vient du «Moi», auquel on croit s’identifier.   

C’est une entité qu’on appelle « La personne » qu’on croit Etre, construite à partir d’une masse d’identification qui contient de la mémoire et des croyances. Le Moi se construit dès l’enfance par le conditionnement qui se densifie au cours de la vie, deviendra la référence de l’égo/mental qui deviendra le chef d’orchestre. Cette structure ego/mental utilisera ce référant, appris du savoir distillé par l’extérieur pour vivre son histoire et manipuler tout ce qu’il rencontre pour accéder à ses propres désirs et à ses rêves.

Ce Moi ne connaît rien d’autre, il est au service de lui-même pensant exister alors qu’il n’est qu’une multitude de programmes issus du passé. Etant totalement assujetti à l’histoire il ne navigue que dans les expériences connues n’allant jamais au-delà de ce qu’il lui est étranger, générant dans le quotidien les freins, les peurs, les angoisses, les doutes, les colères, les frustrations…

Paradoxalement, il veut vivre autre chose, il veut accéder à ce qu’il n’a pas, mais ne peut pas sortir de cette zone de confort qu’il connaît si bien. Il se croit séparer de la vie même qu’il vit. 

Dès lors qu’un élan du cœur apparaît donnant une guidance et une direction, il ne peut y donner suite trop craintif, doutant en permanence. Alors que le sujet lui plait, il fera un blocus, alors qu’il a une destination, ne tournant que dans ce qui a vu et cru. C’est là que la résistance opère, l’élan du coeur donne l’inspiration et l’idée, mais l’action est freinée par ce Moi limité par des tas de structures qui créent un goulot d’étranglement au passage vers de possible expériences bien plus intéressantes que celles qu’ils croient connaître insufflées par l’élan du coeur. 

Le Moi tente pourtant en permanence de changer le monde dans l’axe de ce qu’il pense qu’il devrait faire, mais ce n’est pas son rôle de base. Tant qu’il reste accroché aux images passées, il se heurte au mur de l’impossible qu’il a érigé. Cette incapacité à créer le monde tel qu’il le rêve va provoquer une frustration qui au fil du temps va devenir le mur de l’impuissance face à ce qui se vit sans jamais accéder au rêve qu’il a envie d’atteindre. Cette incapacité à changer la situation, hors du contrôle, génère une colère voire parfois de la haine et de l’injustice

Tant que nous essayons de changer quoi que ce soit à ce qui apparaît, c’est la paralysie qui se manifeste. Le changement vient de la non-volonté de changer et de l’acceptation de ce qui Est vécu à ce moment-là. 

Accepter l’imperfection de la vie, c’est la voir parfaite telle qu’elle est à chaque instant. 

Dans mon vécu, j’ai vu cette structure du Moi et cette incapacité à vivre l’Eveil et le changement pour quitter une situation engluée dans laquelle je me trouvais qui me paraissait trop dégradante et honteuse. Tant de jugement vis-à-vis de ce qui était là, détestant me voir ainsi sous ces formes ingrates. C’était douloureux et pénible émotionnellement. C’est un des états de la dépression.

Je réalisais le jugement violent que j’avais sur moi-même. C’était toujours un événement extérieur qui venait me le révéler. Alors que j’étais confrontée à un nouvel épisode du même genre, une colère haineuse face à l’impuissance de la situation explosa. Un débit de mots dévalorisants sortaient de ma bouche, générés par cette inaptitude à en changer le déroulement et tout ce que je vivais depuis trop longtemps. Je percevais comment je me maudissais et me détestais. Comment je me trouvais nulle. Je ne valais rien et j’étais inutile à ce monde.

Finalement il fallait faire l’expérience du désamour de moi-même pour découvrir que j’étais l’Amour.

Etant cette conscience en expérience dans ce corps, je ne pouvais qu’accepter ce qui apparaissait dans le champ. J’étais la conscience et l’objet au sein de la conscience même. Il n’y avait plus de dissociation. Je n’étais pas deux, mais Un avec le tout.

Vue sous un autre angle, j’étais le créateur et la création à la fois. 

2 commentaires sur “L’incapacité à vivre le changement”

  1. Merci Samia – C’est tellement puissant ! Je reconnais dans vos expériences, certains de mes propres passages sur ce chemin. Merci de votre contribution. Que le meilleur soit pour vous !

    1. Merci Flo pour votre message.
      Existe-t-il vraiment le meilleur ou n’est-il pas dans chaque passage peu importe sa force et sa puissance.
      A chaque instant ces expériences ramènent à Soi peu importe par ou on passe…

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